vendredi 16 novembre 2018

Le moulinet Mascotte Zangi


Bonjour à tous,

J'ai pu enfin libérer un peu de temps pour commencer à décortiquer les moulinets qui font la queue dans mon placard. Avec plus ou moins de succès...

Vous avez aujourd'hui un aperçu rapide du Mascotte Zangi. Rapide car je n'ai pas pu aller plus loin par peur d’abîmer les pièces du moulin.


C'est le premier moulinet made in Italy de ma collection. J'ai eu la chance de tomber sur un exemplaire neuf dans sa boite d'origine.






Ce moulinet a piqué la curiosité par sa petite taille et son allure qui rappelle les moulinets de la marque française Bretton. Y'a d'ailleurs pas que la forme qui rappelle un Bretton. Vous allez le voir par la suite.

Source : internet

D'après la description, il s'agit du plus petit et léger moulinet du monde ! Avec un roulement à billes il faut le dire :)


La notice indique également que ce modèle est disponible en version gauchers.

Pour 170 grammes annoncés, ma balance indique 191. Je ne pense pas que le fil garni fasse 20g.


Il reste quand même bien plus léger que le plus petit moulinet Alu que j'ai (un Mitchell Blade Alu de taille 1000).


La Bobine et le frein :



La bobine du Mascotte est entièrement en aluminium, fait 40 mm de diamètre et sa capacité est de 100m de fil de diamètre 0,20. Un espace a été aménagé sur la bordure pour accueillir le bourrelet de laine sensé protéger l'axe des intrusions de sable et par la même occasion empêcher le fil d'aller sous la bobine.

Le mécanisme de frein est sellé dans la bobine. Il est constitué d'une rondelle bombée en acier qui fait office de ressort. Le freinage n'est pas régulier et plusieurs a coups se font sentir au fur et à mesure que l'on serre le bouton.


Le haut de la bobine est muni de crans pour éviter le dérèglement du frein. Le bouton, lui, est équipé de billes qui viennent se loger dans les crans.




 Le cliquet bruiteur est très sonore. Il fait tourner la bobine dans un seul sens.

Les engrenages :



On accède aux engrenages en dévissant la petite vis qui se trouve au milieu du carter (flèche rouge).


Les engrenages du Mascotte sont du type à vis sans fin très semblables à celui des Brettons.

Vous pouvez consulter ici l'excellent article de Jean-Paul Charles sur le Bretton 400 pour vous faire une idée.


La roue de commande est en acier avec des dents très bien dessinées


Le pignon est également en acier. Il est soutenu en haut par un roulement à billes et en bas par une gorge du bâti. Je n'ai pas pu aller plus loin dans le démontage pour vous montrer le reste.

Ces engrenages ont l'avantage d'être silencieux et fluides.

Le système d'oscillation et l'axe :




L’oscillation se fait par le biais d'une bielle reliée à la roue de commande. L'enroulement obtenu est droit et très correct.




L'axe est en acier et fait 4mm d'épaisseur.

L'anti-retour :



L'anti-retour est classique à neuf positions. C'est du solide avec un cliquetis agréable à entendre.

Le bol et le pickup :




Le pickup est en acier inox de bonne qualité presque amagnétique. L'anse et le bras de pickup forment une seule pièce dans laquelle le galet vient se loger.

Gros défaut à mentionner : on ne peut pas ouvrir le pickup quand la bobine est en position haute.


Le déclenchement du pickup est plutôt doux grâce à un ressort en spirale. Le pickup offre aussi la possibilité de se plier en position fermée pour le rangement.


Le galet est en laiton chromé dur. Sa rotation est tributaire du degré de serrage de la vis qui le maintient. Un autre problème que j'ai découvert par la suite. C'est que la forme du pickup ne garantit pas le bon placement du fil sur le galet à tous les coups. Ce qui génère pas mal de perruques.

La manivelle :


La manivelle en aluminium est assez réussie. Elle est solide et très en harmonie avec le design du moulinet en plus d'être repliable. Elle se visse directement sur la roue de commande. La pièce au dessus du filetage a pour rôle d'éliminer toute forme de jeu qui pourrait survenir entre l'axe de la roue de commande et et la gorge du bâti (axe flottant).

Test en condition réelle :

En dépit de son frein pourri, ce moulinet m'a donné envie de l'essayer. Je l'ai monté sur une canne medium light et je suis allé taquiner les mulets à la cuillère.

Résultat : j'ai du couper court à ma partie de pêche et plier bagage au bout d'une heure de temps.
La cause? Des perruques en série comme je n'en ai jamais eu.
Selon la position de la bobine au moment de la fermeture du pickup, une ou deux boucles se créent presque automatiquement à chaque lancer. Comme avec la cuillère, le fil vrille beaucoup, une perruque est vite fait apparue au lancer suivant.
L'enroulement est aléatoire selon la position du fil sur le galet. J'ai eu droit à tout sauf un enroulement droit.
De plus, il y a un vrai problème de puissance dans ce moulinet. Je n'ai pas pris de poisson avec mais il peine déjà à récupérer les cuillères (même la plus petite n°1).

Conclusion :

Un moulinet qui a regagné sa boite d’origine et n'est pas prêt à ressortir de sitôt.

mardi 27 octobre 2015

Mitchell 300 - Le légendaire!


Je ne sais pas pour vous mais j'en ai marre de rentrer bredouille chaque soir !
Ce qui n'aide pas, c'est d'utiliser pour la besogne, un moulinet sophistiqué, super fluide, super silencieux et super cher. Ce n'est pas vraiment le genre à vous chanter des mélodies quand vous ramenez du vide. 
J'en suis venu à regretter la douce symphonie des moulinets d'antan.
Mon premier était un Mitchell 300 et je n'avais jamais manqué de sensations avec.

Je me suis donc mis à la recherche d'un exemplaire de mon vieux 300 et voilà que mon ami Firas me fait la surprise de m'en offrir un.
Le premier coup de manivelle m'a rendu nostalgique.
C'est curieux car, il y a vingt ans, je ne le trouvais pas très réussi ce moulin !
D'abord, il avait une récupération super lente. Avec un ratio de 3,7/1, on récupérait moins de 60 cm par tour de manivelle.
Et puis, sa fluidité était très moyenne. Sans roulements, ses engrenages généraient beaucoup de bruits parasites et n'avaient aucune réserve de puissance.

Aujourd'hui, ces "insuffisances" semblent même me réjouir et, je dois le dire, sa robustesse qui n'est plus à prouver m'épate.
Je me joins donc aux milliers (millions?) de pêcheurs ayant tiré pleine satisfaction de ce moulinet.


L'état global du moulinet est moyen. On voit bien qu'il avait beaucoup servi.
La peinture est bien conservée mais la manivelle, le pickup et l'axe ont subi des déformations plus ou moins importantes.

1 - Datation

Le Mitchell 300 sous sa forme classique a été produit de 1946* à 1997 (il existait même sur le catalogue Mitchell 2000) d'abord en France puis en Chine en passant par Taiwan. Durant toutes ces années, très peu de modifications y ont été apportées. On peut, toutefois, en se basant sur le bouton d'anti-retour et la manivelle, situer mon exemplaire entre 1958 et 1964.

A gauche : modèle plus récent (source : internet)
A droite : Mitchell 300 que j'ai

Après quelques recherches sur internet, je suis tombé sur cet article qui permet de dater son moulinet Mitchell à partir du numéro de série gravé sur le pied du moulinet.
http://anglers.fr/datation-dun-moulinet-mitchell-par-numero-de-serie/

Serial : 3423628

1960 : 3067452 -> 3579119 >>> C'est donc un modèle de 1960 !

2 - La bobine et le frein


La bobine aux bord arrondis est parfaitement habilitée à lancer loin. Elle est dotée d'une bonne réserve de fil et équipée du fameux bouton de changement rapide. Ce système est l'un des plus fiables jamais conçus.


Le système de freinage est composé d'un large disque maintenu sous pression par une rondelle à bord incurvés en acier faisant office de ressort. Cela manque un peu de progressivité mais fait parfaitement l'affaire pour de nos poissons de méditerranée.
Le cliquet bruiteur donnera pleine satisfaction aux amateurs de musique :)

3 - Les engrenages

Je peux vous dire que l'expression "train d'engrenages" n'a jamais eu autant de sens qu'avec ce Mitchell 300 (les séries 400 et 900 aussi).



Le bâti en aluminium auquel s'ajoutent des pièces en acier ont été aménagés pour accueillir les quatre roues qui constituent le train d'engrenages.


Pour la rotation du moulinet, on compte une roue motrice en ALU qui fait tourner une plus petite moitié ALU moitié laiton qui communique avec le pignon en laiton. Le rapport entre les roues nous fait un effet multiplicateur de 3,7/1. Cet effet multiplicateur inclut une réduction de force qui explique le manque de puissance ressenti lorsqu'on fait tourner la machine.


Une série de réducteurs et une roue à trois ergots transforme le mouvement de rotation en oscillation lente.


L'enroulement obtenu est plutôt correct. Par spires croisées et légèrement conique. Il a été quelque peu impacté par la déformation de l'axe.


La qualité d'usinage des pièces est irréprochable. Inutile de dire que l'ensemble est parfaitement ajusté.


Le pignon, de type conique en laiton, est emboîté dans le rotor. Il effectue sa rotation sur une gorge fixée au bâti. Il n'a aucun contact avec l'axe. Axe flottant vous avez dit?

4 - L'anti-retour


Le Mitchell 300 est doté d'un anti-retour à soixante positions. Qui dit mieux?
Ce n'est pas la performance des anti-retours infinis que nous avons aujourd'hui mais de ceux conçus jusqu'au début des années 2000, c'est de loin celui qui offre le moins de recul.

A gauche, une photo piquée de l'excellent article de Jean-Paul Charles
http://fabulateur.over-blog.com/article-mitchell-300-vs-mitchell-300-120495336.html

La crémaillère ayant pour fonction de bloquer le mouvement arrière est faite d'un métal d'une dureté moyenne. La pièce est volontairement déformable pour ne pas endommager la roue de commande en cas de mouvement forcé du rotor.

D'après mon analyse personnelle, la rotation en sens inverse du rotor exerce une force inversement proportionnelle sur la roue de commande. Le rapport 3,7/1 dans le sens inverse (mouvement émanant du rotor) implique une multiplication de force qui peut endommager le mécanisme si la crémaillère est faite dans un matériau dur.

Dans la quasi totalité des moulinets Mitchell 300/400/900 que j'ai examiné jusqu'ici, c'était une crémaillère à quatre dents en composite. Cela doit être une évolution due au retour d'expérience. Plus de dents pour un meilleur accrochage et le matériau composite pour lâcher en cas de grande force.

Le son caractéristique de cet anti-retour rappelle certains jouets de l'époque dont ce fameux pistolet qui crache le feu :)

Source : internet

5 - Le rotor et l'axe


Le rotor est sous forme de bol en aluminium. Tous les moulinets de l'époque en étaient pourvus. Ce qu'on pouvait lui reprocher, c'est qu'avec l'usure, un jeu latéral s'installe et les bords du bol commencent à frotter avec la bobine. Je n'ai pas observé ce problème avec ce moulinet. Il n'y a pratiquement aucun jeu!



J'ai souvent du mal à reconnaître les métaux mais cet axe me semble bien en aluminium. Sur tous les modèles que j'ai rencontré avant, c'était de l'acier.
C'est ce qui explique d'ailleurs, sa déformation malgré sa courte course.

6 - Le galet et le pickup


L'arc de pickup est en laiton chromé. Le pauvre est l'une des pièces qui ont le plus subi l'action du temps. J'ai essayé de le redresser au mieux mais le résultat reste médiocre. Je le remplacerai volontiers dès que j'aurais trouvé des pièces de rechange.
Le rabattement du pickup est automatique (ne peut se faire manuellement). Le mouvement est rapide et engendre un choc relativement violent contre le rotor.
Sur des versions plus récentes, les ingénieurs de Mitchell ont ajouté une pièce en plastique sur le lieu de l'impact pour amortir le choc.


Le ressort du pickup est le point faible de tous les moulinets dont le rotor est sous forme de bol. C'est ce qui pète en premier. Ces pièces étaient très répandues et leur remplacement ne posait pas de problème. On arrive à en trouver des boites entières sur internet jusqu'à maintenant. Celui ci est en bon état. Pourvu que ça dure :)


Le galet est en bon état. Probablement en laiton durci?

7 - La manivelle


La manivelle en aluminium a reçu son lot d'usure. La déformation, bien visible sur la photo, est probablement due à l'usage intensif. La partie en contact avec la poignée a perdu au moins deux millimètres d'épaisseur.

En haut : modèle avec filetage (source : internet)

La poignée est repliable vers l'intérieur pour permettre de ranger le moulinet dans sa boite. A la différence des modèles plus récents, c'est un ressort qui la maintient en position au lieu du montage vis écrou que nous connaissons. c'est la raison pour laquelle le talon qui fait office d'écrou est parfaitement lisse.

Vue d'ensemble

8 - Conclusion

Ce weekend a été plein d'enseignements. J'ai pris un réel plaisir à décortiquer ce moulinet et j'en ressors avec beaucoup d'humilité et autant de respect pour le travail bien fait.
J'ai appris, ou du moins confirmé, qu'on n'avait pas besoin de roulements pour faire un bon moulinet et que la robustesse est une valeur que l'on juge sur la durée.
Ce moulinet, conçu il y a bien plus de soixante ans renferme des "technologies" qu'on présente aujourd'hui comme étant des spécificités disponibles uniquement sur des modèles haut de gamme.

Voici ce qu'on lira sur le boitier du Mitchell 300 s'il avait été marqueté de nos jours :
- Robustesse exceptionnelle
- Système breveté pour une oscillation super lente 
- Rangement du fil par spires croisées
- Anti-retour instantané à 60 positions
- Axe flottant
- Manivelle décolletée en aluminium

La publicité très honnête que je viens de faire a suffi pour me persuader de faire de ce Mitchell 300 le partenaire privilégié pour mes prochaines parties de pêche.

Je l'ai monté sur une ancienne canne en fibres de verre 1m80 action de 4 à 18 grammes (je l'ai un peu raidi en montant des anneaux céramique).

A présent, il est prêt à reprendre du service !

++
Kibitz

* Pour l'histoire des moulinets Mitchell, lire l'article :
http://www.truitesetrivieres.com/exposition-moulinets-de-peche-cluses.html